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Falaises d'Etretat, une histoire géologique

Falaises d'Etretat

 

L'été dernier, après avoir passé six jours dans la Baie de Somme, j'ai mis le cap vers Etretat dont je voulais découvrir les célèbres falaises ! Après celles d'Ault, je dois dire que j'étais assez impatient de me retrouver pour la première fois face à ces géants de craie de la Côte d'Albâtre, et je n'ai pas été déçu ! Marcher à leurs pieds, au milieu des galets, passer de plages en plages en empruntant tunnels et échelles, grimper à leur sommet et embrasser le panorama, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Cette destination vous promet un grand bol d'air !

Dans cet article, je vous propose une description de celles qu'on appelle "falaises d'amont", puis une autre des "falaises d'aval". Je terminerai enfin par quelques explications géologiques sur le contexte de leur formation et de leur évolution.

 

1. Les falaises d'amont

 

Quand on arrive à Etretat, il n'y a pas loin à aller pour découvrir ses fameuses falaises puisque la ville est nichée dans une cuvette encadrée par celles-ci. On appelle "falaises d'amont" celles qui se trouvent sur votre droite quand vous vous tenez sur la plage centrale face à la mer (et donc "falaises d'aval" celles qui se trouvent sur votre gauche). Sur la photographie ci-dessous, on peut voir le début des falaises d'amont depuis la plage centrale.

 

Falaises d'Etretat, falaises d'amont

Début des falaises d'amont depuis la plage centrale

 

Pour y grimper, plusieurs escaliers et autres chemins goudronnés existent. L'accès est donc possible pour tous (à condition de faire chauffer ses mollets !). De là haut, on a évidemment une vue plongeante sur la ville ET la mer. mais attention, vous n'y serez pas seuls ! A noter la présence d'une petite chapelle, la chapelle Notre-Dame-de-la-Garde, et de magnifiques jardins dans lesquels se mêlent habilement aménagements paysagés, belles demeures et installations artistiques : les Jardins d'Etretat (plus de renseignements ici).

 

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Chapelle Notre-Dame-de-la-Garde

 

Un escalier permet par ailleurs de descendre voir l'arche naturelle qui marque le début des falaises d'amont : la Porte d'Amont. A noter que ce point peut également être atteint par le bas, depuis la plage centrale, en traversant un tunnel. Il faut ensuite remonter pour profiter du reste des falaises.

 

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Porte d'Amont

 

Pour profiter pleinement des lieux, au calme et dans toute leur splendeur, le mieux est ensuite de partir randonner vers le Nord sur le sentier qui court au sommet des falaises : le GR 21. On s'y retrouve vite seul avec ce sentiment grisant de liberté. Et les kilomètres de défiler avec, sur votre droite, des prés dans lesquels vous verrez certainement des "vaches rousses, blanches et noires sur lesquelles tombe la pluie et les cerisiers blancs made in Normandie", et, sur votre gauche, le grand large, les falaises et, de-ci de-là, des nids d'oiseaux. A ce propos, le "gros modèle" avec un bec jaune légèrement recourbé à son extrémité et une tâche rouge dessous, ce n'est pas une mouette mais un goéland ! Beaucoup de gens font l'erreur (et je l'ai sans doute faite à une époque) donc j'en profite ;)

 

Mouette ou goéland ?

(source : cafe-sciences.org)

Goéland

 

Histoire de se donner un objectif, vous pouvez marcher jusqu'au Roc Vaudieu puis jusqu'à l'Aiguille de Belval, deux rochers qui ont été isolés de la falaise principale par l'érosion. Ceux-ci nous rappellent, si besoin était, que la falaise recule inexorablement, rongée par le temps et les assauts des vagues. Sur la photo ci-dessous, on peut voir, tout au fond, ces deux rochers. Cela vous donnera une idée des distances. En arrivant à Bénouville, il sera temps de faire demi-tour. Comptez une demi-journée.

 

Falaises d'Etretat, falaises d'amont

Tout au fond, le Roc Vaudieu et l'Aiguille de Belval

 

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2. Les falaises d'aval

 

Sur une autre demi-journée, je vous propose maintenant de découvrir les falaises d'aval (celles situées côté gauche). Avant toute chose, sachez qu'il n'est plus possible de marcher à leurs pieds ni d'emprunter le premier tunnel (l'accès ayant été interdit par arrêté préfectoral en raison de risques d'éboulements). La découverte se fera donc nécessairement par le haut en prenant la suite du GR 21. Par ailleurs, une fois au sommet, ne cherchez pas l'arche naturelle qui marque le début des falaises d'aval (la Porte d'Aval) puisque vous vous trouvez dessus ! Pour la voir, il faut donc s'éloigner sur le GR puis se retourner. Et d'admirer le panorama le plus photographié d'Etretat : la Porte d'Aval accompagnée de l'Aiguille d'Etretat.

 

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Porte d'Aval et Aiguille d'Etretat

 

En poursuivant votre marche, et en vous retournant encore une fois, vous pourrez observer une nouvelle arche naturelle (la troisième en tout) : la Manneporte ("grande porte" en vieux français).

 

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La Manneporte

 

Une belle randonnée peut vous conduire jusqu'à la Plage d'Antifer puis jusqu'au Phare d'Antifer avant de faire demi-tour. Comptez environ une demi-journée à nouveau.

 

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Phare d'Antifer

 

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3. Comment ces falaises se sont-elles formées ?

 

L'histoire débute il y a environ 100 millions d'années (durant une période que les géologues appellent le Crétacé, justement parce qu'elle a produit ces gros volumes de craie). A cette époque, tout le Bassin de Paris est recouvert d'une mer chaude et peu profonde dans laquelle prolifèrent des algues unicellulaires microscopiques : les Coccolithophoridés. De leur vivant, ces algues construisent autour d'elles un test calcaire sphérique, de 5 à 35 micromètres de diamètre environ, appelé coccosphère formé par l'assemblage d'une multitude de petites plaques calcaires : les coccolithes.

 

 

Coccosphères et coccolithes

(Sources : Mike Herald (photo) et svt.ac-dijon.fr (schémas))

 

 

Quand ces algues meurent, les coccolithes se détachent et tombent comme une pluie au fond de la mer sur lequel ils forment une boue crayeuse : c'est ce qu'on appelle la sédimentation. La répétition de ce cycle (prolifération d'algues, mort, sédimentation) donne naissance à plusieurs couches qui s'empilent les unes sur les autres. C'est ce que les géologues appellent les strates. Au chapitre suivant vient le retrait de la mer. A ce moment, les couches de boue se retrouvent à l'air libre. Sous l'effet de la compaction et de la déshydratation, elles se transforment alors lentement en roches pour former les couches de craie que l'on connait aujourd'hui : c'est la diagenèse.

 

Les strates des falaises d'Etretat

 

Cela étant, il serait réducteur de considérer les falaises d'Etretat comme de simples empilements de couches de craie. En effet, à y regarder de plus près, on peut voir dans celles-ci des niveaux plus sombres correspondant à des silex. Ces derniers se sont formés par précipitation dans les boues crayeuses de silice à partir du silicium dissous dans l'eau de mer.

 

Détail sur un niveau à silex

 

Lorsque ces falaises subissent aujourd'hui le travail de sape des vagues qui attaquent leurs fondations (ce qui, à grande échelle, crée les différentes arches et aiguilles), la craie, plus tendre, se creuse tandis que les silex, plus durs, résistent. C'est pourquoi on peut parler d'érosion différentielle. Lorsqu'un silex est suffisamment dégagé, il se détache de la falaise et tombe. Son roulis incessant dans les vagues finit alors de le façonner en galet. C'est pourquoi les falaises de craie à silex sont toujours accompagnées par des plages... de galets ! 

 

Silex sur le point d'être dégagé de la falaise

 

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Commentaires: 8
  • #1

    Aubret (samedi, 31 octobre 2020 00:08)

    Article très agréable à lire : mise en page, écriture, contenu... J'ai beaucoup aimé la simplicité et l'efficacité des explications, malgré que je connaissais déjà le sujet !

  • #2

    François (Voyages et Sciences Naturelles) (samedi, 31 octobre 2020 10:36)

    @aubret : merci pour votre commentaire qui me fait très plaisir. J'aime effectivement faire simple et clair (ce qui n'est pas forcément l'exercice le plus facile :)) pour que ces infos puissent être utiles au plus grand nombre.

  • #3

    Fred (samedi, 31 octobre 2020 12:34)

    Joli travail et photos de bon aloi.
    Bravo.

  • #4

    Béatrice (samedi, 31 octobre 2020 12:51)

    Très bien.
    Agréable à lire.
    Cela donne envie de les visiter.
    Merci

  • #5

    Johanne (samedi, 31 octobre 2020 13:08)

    Très instructif et agréable à lire.
    Merci pour ce beau voyage !
    Keep on rocking and rolling

  • #6

    Christine (samedi, 31 octobre 2020 17:30)

    Superbe, cela me donne envie de revoir tout cela de plus près !
    Merci François pour ces explications claires et précises �

  • #7

    beatrice (samedi, 31 octobre 2020 22:37)

    c 'est mon pays!! et cela fait 4 ans que je ne suis pas rentrée.....un régal pour mes yeux et mon cerveau ....je sens le vent qui amène l 'odeur du varech....
    et en plus en tant que prof de sciences naturelles je retrouve l'amour de mon métier!
    Merci!

  • #8

    Michelle (mardi, 03 novembre 2020 10:04)

    J’habite la Guadeloupe . J’ai passé 3 jours cet été à Etretat, j’ai donc lu avec un grand intérêt cet article qui me rappelle la région. C’est clair et instructif. Merci