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Tenerife, entre culture et nature

Tenerife (Canaries)

 

Tenerife est une petite île de l'océan Atlantique appartenant à l'archipel espagnol des Canaries situé au large du Maroc. Pour quiconque aime la nature, c'est un véritable paradis dont les paysages sont aussi grandioses que variés. On y passe en effet des terres volcaniques arides du parc national du Teide à la jungle luxuriante du massif de l'Anaga sans oublier la côte Nord magnifiquement déchiquetée et battue par les vagues. L’ocre, le vert et le bleu. Les amateurs de culture ne seront pas en reste puisque, de son statut d'étape maritime entre l'Espagne continentale et l'Amérique latine, Tenerife a conservé un beau patrimoine architectural visible dans les cités coloniales du Nord de l'île.

Dans cet article, je reviens avec vous sur le premier voyage que j'y ai fait du mardi 26 juillet au samedi 06 août 2016 (soit une durée totale de 12 jours). Au cours de celui-ci, j'ai voulu découvrir les différentes facettes de cette destination et me suis donc constitué un programme avec "un peu de tout". Je vous en dévoile ici le détail au jour le jour.

 

J1 - La Orotava

 

Pour mon premier jour à Tenerife, je me suis rendu à La Orotava située sur les hauteurs de Puerto de la Cruz. Ayant choisi Puerto de la Cruz comme lieu de mon unique logement pour ce voyage, il ne m'a fallu qu'une quinzaine de minutes de route pour atteindre ma destination. Arrivé sur place, je me suis immédiatement garé dans la ville nouvelle (le centre historique se visitant à pieds). Mes pas m'ont d'abord mené jusqu'à la Plaza de la Constitución d'où j'ai pu profiter d'une vue magnifique, notamment sur les clochers de l'église Nuestra Señora de la Concepción.

 

La Orotava, Tenerife (Canaries)

Vue depuis la Plaza de la Constitución

 

De là, je suis ensuite allé me perdre dans les ruelles de la vieille ville dont j'ai de suite aimé les éléments architecturaux typiques : façades colorées, angles saillants laissant apparaître les pierres volcaniques noires et balcons en bois plus ou moins ouvragés. Un air d'Amérique latine à quelques heures de vol de Paris ! Si vous venez vous promener à La Orotava, attendez-vous aussi à faire chauffer vos mollets car le relief y est pentu... TRÈS pentu !

 

La Orotava, Tenerife (Canaries)

Ruelle de la vieille ville

 

Si le centre historique de La Orotava est à découvrir lors d'un séjour à Tenerife, c'est parce qu'il abrite quelques magnifiques exemples de riches maisons coloniales. Dans cette catégorie, mon coup de cœur s'est porté sur la Casa de los Balcones dont la construction s'est achevée en 1632 et que vous pourrez visiter pour 5 €. Au rez-de-chaussée, on y trouve diverses expositions et boutiques d'artisanat local mettant en avant, entre autres, la broderie canarienne. Au centre, la maison s'ouvre sur un très beau patio dont j'ai adoré l'ambiance exotique. Je m'y suis senti tel un Robinson, à l'ombre des palmiers et autres bananiers, veillé par une vierge noire. Un endroit on ne peut plus agréable. Autres visites possibles dans la vieille ville : la Casa Mercaro ou encore la Casa Eladia Machado pour lesquelles vous trouverez plus d'infos ici.

 

Casa de los Balcones à La Orotava, Tenerife (Canaries)
Casa de los Balcones à La Orotava, Tenerife (Canaries)
Casa de los Balcones à La Orotava, Tenerife (Canaries)

Casa de los Balcones

 

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J2 - Puerto de la Cruz

 

Pour mon deuxième jour à Tenerife, j'ai choisi de rester à Puerto de la Cruz (ma "ville dodo"). Le matin, je suis allé dans sa partie haute pour visiter le jardin botanique (Jardín de aclimatación de La Orotava). Pour y entrer, comptez 3 €. Vous effectuez vos premiers pas sous un véritable tunnel végétal riche notamment en philodendrons (Monstera deliciosa). Autres points remarquables du jardin : ses nombreux bassins et leurs nénuphars (Nymphaea sp.). Rappelons que ces plantes, bien connues de tous, possèdent un rhizome (c'est-à-dire une tige souterraine) constamment immergé d'où partent de longs pétioles grâce auxquels les feuilles peuvent s'étaler gracieusement à la surface de l'eau. La floraison s'effectue en général durant tout l'été et les fleurs, possédant de nombreux pétales et un bouquet d'étamines, vont du blanc au rouge foncé en passant par toutes les teintes de rose.

 

Jardin botanique de Puerto de la Cruz, Tenerife (Canaries)

Nymphaea sp.

 

Un autre endroit du jardin que j'ai beaucoup apprécié a été celui des fougères arborescentes avec leurs frondes s'étalant au sommet de "troncs" portant d'étranges cicatrices foliaires. Sans oublier la bananeraie, les épiphytes... Comptez une à quelques heures pour bien en profiter.

 

Fougères arborescentes

 

L'après-midi, j'ai rejoint la ville basse avec son beau cœur historique et ses remparts en bord de mer. J'y ai flâné dans les ruelles typiques avant d'aller piquer une tête au Lago Martianez (5,50 €). Rappelons ici que si la côte Nord de Tenerife est de loin la plus belle avec sa nature exubérante et ses villes de caractère, elle n'est en revanche pas du tout adaptée au tourisme balnéaire. Le temps y est en effet toujours plus couvert qu'au Sud et la mer plus agitée. On n'y trouve d'ailleurs quasiment aucune plage (d'où un tourisme plus confidentiel). Les adeptes du farniente et du tourisme de masse lui préféreront donc la côte Sud (et inversement). Restent malgré tout quelques endroits où la baignade a été aménagée comme ici au Lago Martianez. Ce dernier consiste en un complexe regroupant plusieurs piscines "naturelles" d'eau de mer dont les plans ont été dessinés par Cesar Manrique (un architecte et artiste originaire de l'île voisine de Lanzarote). Quelques-unes de ses œuvres ont d'ailleurs été installées entre les bassins. Plus d'infos ici.

 

Lago Martianez à Puerto de la Cruz, Tenerife (Canaries)

Lago Martianez

 

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J3 - Roques de García

 

Au troisième jour de mon voyage, je me suis rendu pour la première fois dans ce qui est pour moi le joyau de l'île de Tenerife : j'ai nommé le Parque Nacional del Teide classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Pour comprendre la géographie de l'île, il faut savoir que Tenerife est une île d'origine volcanique née de l'activité d'un point chaud. Il y a 170 000 ans, le volcan qui en occupait le centre s'est effondré sur lui-même créant une vaste dépression circulaire que les géologues appellent une caldeira. Au centre de celle-ci, la reprise de l'activité volcanique édifia un nouveau cône, l'actuel Pico del Teide, qui se présente donc, à la manière des poupées russes, comme un volcan dans l'enceinte de l'ancien volcan. Gravir la route de montagne qui mène au parc national et basculer soudainement dans la caldeira est une expérience exceptionnelle tant elle vous plonge dans une zone rocailleuse, désertique, aux formes étranges, une autre planète diront certains. Depuis Puerto de la Cruz, comptez environ 1 h de route via la TF-21 pour atteindre le centre des visiteurs El Portillo.

 

Parc national du Teide, Tenerife (Canaries)

Arrivée à El Portillo

 

Pour cette première fois, j'ai choisi de faire une randonnée facile et incontournable de l'île : le tour des Roques de García, un alignement de rochers remarquables dressés vers le ciel. Son point de départ se situe au Parador de Cañadas del Teide où vous trouverez un parking, une boutique et une cafétéria. Cette randonnée ne présente aucune difficulté (200 m D+ | 3,4 km | 1 h 30) et correspond au sentier n°3 du parc national (itinéraire n°72 dans le guide Rother). Vous la démarrez en marchant vers le Nord avec les rochers sur votre gauche. Immédiatement, on tombe nez à nez avec l'un des emblèmes du parc, le Roque Cinchado (encore appelé "Doigt de Dieu"), dont la base, littéralement rongée par l'érosion, ne laisse aucun doute sur le fait qu'il finira un jour par s'écrouler. Et à l'arrière plan, le Pico del Teide de dominer du haut de ses 3 718 m d'altitude.

 

Roque Cinchado dans le parc national du Teide, Tenerife (Canaries)

Roque Cinchado face au Pico del Teide

 

Le deuxième point remarquable de cette randonnée apparaît après avoir contourné le dernier rocher de l'alignement et au moment d'entamer votre descente vers le Sud. Le sentier traverse alors un incroyable champ de laves fluides formant des boudins lisses et entremêlés. Entre deux roques, on peut même voir ce qui ressemble à une "cascade de lave" figée pour l'éternité. Si le temps de marche indiqué pour cette randonnée est très court (1 h 30), j'ai personnellement passé des heures à gambader dans ce secteur au milieu de ces formes étranges. En cherchant un peu, vous pourrez même y trouver de magnifiques laves cordées (c'est-à-dire dont la mince surface refroidie a "enregistré" des figures de courant).

 

Laves en boudins et laves cordées

 

Au point le plus bas de la randonnée, vous voilà face à la magnifique Cathédrale, véritable monument géologique. Il s'agit de ce qu'on appelle un dyke c'est-à-dire un filon volcanique ayant refroidi dans une cheminée d'alimentation. De nature basaltique, la lave a ici pris un débit en prismes qu'elle acquiert en refroidissant et en se rétractant. Rappelons que lorsque cela se produit, les prismes sont toujours perpendiculaires au sens d'écoulement. Ainsi, pour une lave s'écoulant en surface sur un plan horizontal, les prismes seront verticaux (les fameuses orgues basaltiques) alors que pour une lave remontant dans un conduit, ils seront horizontaux. On notera également ici la disposition radiale de ces prismes horizontaux.

 

El Catedral (dyke) dans le parc national du Teide, Tenerife (Canaries)

La Cathédrale

 

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J4 - La Laguna

 

Pour la quatrième journée de mon voyage, j'ai décidé de continuer à explorer les villes coloniales du Nord en me rendant à La Laguna (San Cristóbal de La Laguna de son nom complet). Pour vous y rendre, comptez environ 30 minutes de route depuis Puerto de la Cruz via la TF-5. Si vous ne deviez visiter qu'UNE ville coloniale durant votre séjour à Tenerife, je vous recommande que ce soit celle-ci. Le centre historique de La Laguna, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, est en effet de toute beauté ! Revers de la médaille : il peut y avoir beaucoup de monde... Votre promenade débutera sans aucun doute de la Plaza de Oliveira dominée par le campanile solitaire de l'Iglesia de la Concepción. De là, descendent principalement trois rues piétonnes qui constituent le cœur de la visite.

 

La Laguna, Tenerife (Canaries)

Iglesia de la Concepción sur la Plaza de Oliveira

 

Mes pas m'ont d'abord fait descendre la Calle Herradores, première des trois rues du centre historique. J'y ai de suite retrouvé les éléments que j'avais déjà appréciés à La Orotava : façades colorées, pierres volcaniques noires apparentes dans les angles et balcons en bois. Mon attention s'est aussi portée sur les fenêtres qui sont ici comme autant d'éléments de décoration. Petit florilège ci-dessous.

 

Les fenêtres de La Laguna

 

J'ai ensuite remonté la Calle Obispo Rey Redondo. Dans celle-ci, mon coup de cœur a été pour le n°7 (la Casa Alvarado Bracamonte) et sa voisine (la Casa de la Alhondiga). D'abord, ce secteur étant le plus éloigné du centre, cela m'a permis d'en profiter presque seul. Ensuite, ces deux maisons m'ont offert de belles couleurs pastels (jaune pour la première, bleu pour la seconde). Enfin, dans la première, il est possible d'entrer (puisqu'on y trouve un petit office du tourisme) et de profiter alors d'un joli patio comme je les aime !

 

La Laguna, Tenerife (Canaries)

Calle Obispo Rey Redondo

 

Pour finir ma balade, j'ai enfin redescendu la Calle San Agustin par laquelle j'ai terminé ma visite du centre historique.

 

La Laguna, Tenerife (Canaries)

Calle San Agustin

 

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J5 - L'Anaga

 

Après une première randonnée dans le Parque Nacional del Teide (voir J3), je suis parti ce jour vers un autre parc naturel de l'île : le Parque Rural de Anaga. Depuis Puerto de la Cruz, comptez environ 1 h de route pour vous y rendre via la TF-5 (jusqu'à La Laguna) puis la TF-12. Une particularité de ce massif est qu'il se trouve très isolé à l'extrémité Nord-Est de l'île. Seules quelques routes permettent de l'atteindre. Autre particularité : les nuages, charriés par les vents du Nord, accrochent souvent ses reliefs créant un environnement très humide régulièrement enveloppé dans la brume. La luxuriance de sa végétation tranche radicalement avec l'ambiance minérale du Teide. Au jeu des comparaisons, on se croirait ici davantage à Madère ou à La Réunion. En y arrivant, je vous conseille de vous arrêter au centre des visiteurs Cruz del Carmen pour y retirer toutes les informations utiles (dont le plan des sentiers).

 

Anaga, Tenerife (Canaries)
Anaga, Tenerife (Canaries)

Arrivée à Cruz del Carmen

 

J'ai choisi ce jour de faire la randonnée reliant la Casa Forestal à Taganana (Cruz de Taganana). Celle-ci fait partie du PR-TF 8 sur le plan du parc dont je n'ai donc ici fait qu'un tronçon en aller - retour. Comptez pour ce tronçon 700 m D+ | 9,3 km | 3 h 30. L'intérêt de cette randonnée est qu'elle descend de la ligne de crête à travers la forêt pour rejoindre le village de Taganana sur la côte. C'est donc un itinéraire très beau et très varié. Vous en trouverez le point de départ (la Casa Forestal, un ancien poste de police très modeste accompagné d'un abri de bus) sur la gauche de la route TF-12 quelques kilomètres après le centre des visiteurs.

 

Début du Cruz de Taganana

 

La forêt du massif de l'Anaga est très singulière puisqu'il s'agit d'une laurisylve (forêt subtropicale humide qui n'existe qu'aux Canaries, à Madère et aux Açores). Ses deux arbres les plus abondants sont des lauriers (qui peuvent atteindre 40 m de haut) et les bruyères arborescentes. L'ambiance y étant très humide, n'oubliez pas un vêtement imperméable pour la traverser et de bonnes chaussures (sol épais et souvent boueux). Quand elle est enveloppée dans la brume, l'ambiance y est franchement mystique ! On évolue dans un silence absolu, à peine troublé par quelques chants d'oiseaux. De toutes les branches pendouillent des mousses qui dégoulinent en d'épaisses chevelures. Et les branches de se voûter comme pour refermer le passage derrière les visiteurs. En bout de randonnée, la forêt s'éclaircit et laisse peu à peu apparaître les cultures en terrasses. Puis l'on atteint le village et le rivage de l'océan.

 

Anaga, Tenerife (Canaries)
Anaga, Tenerife (Canaries)
Anaga, Tenerife (Canaries)

La laurisylve

 

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J6 - Garachico

 

Après La Laguna et La Orotava, je suis parti ce jour visiter la troisième ville coloniale de l'île : Garachico. Si vous avez peur de la foule à La Laguna, vous pouvez lui préférer cette charmante petite bourgade très tranquille, en bord de mer, hors des sentiers battus. Personnellement : mon coup de cœur ! Pour vous y rendre, comptez 30 minutes de voiture environ (depuis Puerto de la Cruz, vers l'Ouest, via la TF-5). Possibilité de s'arrêter en chemin à Icod de los Vinos (notamment pour observer son vénérable dragonnier). L'entrée à Garachico se fait par son front de mer, l'occasion de découvrir l'un de ses atouts majeurs : de magnifiques piscines naturelles d'eau de mer aménagées au milieu des rochers volcaniques noirs.

 

Garachico côté mer

 

Dans le bourg, on pourra être surpris par le contraste qui règne entre la noblesse de certaines demeures (qui n'ont, pour le coup, rien à envier à celles de ses voisines) et le faible nombre de visiteurs. C'est un peu comme si Garachico avait été oubliée des itinéraires touristiques (pour notre plus grand plaisir !). Tous vos pas vous ramèneront vers la place du village, Plaza de la Libertad, où l'on trouve deux églises : Iglesia de Santa Ana (avec son clocher blanc et autour de laquelle on trouve un petit parc ombragé très agréable, idéal pour une collation) et Iglesia de Nuestra Señora de Los Angeles (jaune avec de lourdes portes).

 

Garachico, Tenerife (Canaries)
Garachico, Tenerife (Canaries)

Plaza de la Libertad

 

Et de mettre en avant pour terminer mon coup de cœur à Garachico : une petite allée dans laquelle une habitante a installé une première plante, puis une seconde... la transformant progressivement en une véritable oasis. A mon retour, après avoir publié mes photos sur les réseaux sociaux, j'ai reçu un message d'une personne m'expliquant que c'était quelqu'un de sa famille, aujourd'hui décédée, qui était à l'origine de cette installation. Sans le savoir, j'avais profité, comme beaucoup de monde sans doute, de son banc. Et son empreinte de perdurer ! 

 

Allée fleurie

 

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J7 - Corona Forestal

 

Au septième jour de ce voyage, je me suis rendu dans le plus grand parc naturel de l'île : le Parque Natural de Corona Forestal. Celui-ci consiste en un massif forestier qui s'étend sur tout le pourtour du Parque Nacional del Teide, à l'extérieur de la caldeira. Il occupe donc toutes les pentes montagneuses mènent au volcan. Étant installé sur la côte Nord de l'île, j'en ai évidemment exploré la partie septentrionale. Pour cela, j'ai roulé, via la TF-21, jusqu'au lieu dit Ramón Caminero situé entre La Orotava et El Portillo.  Depuis Puerto de la Cruz, comptez environ 45 minutes de route. Sur place, présence d'une aire de pique-nique très agréable et départ de plusieurs sentiers de randonnées.

 

Arrivée à Ramón Caminero

 

L'espèce emblématique de cette forêt est le pin des Canaries (Pinus canariensis). Ces arbres peuvent mesurer jusqu'à 30 voire 40 m de hauteur ! Leur tronc, droit et élancé, est recouvert d'une épaisse écorce, formant des écailles brunes à rougeâtres, qui les protège contre les incendies (provoqués lors des éruptions volcaniques). Autre particularité : après pollinisation, leurs cônes femelles s'entourent d'une épaisse couche de résine qui colle leurs écailles et les empêche de s'ouvrir. Les graines y entrent alors en dormance parfois pour plusieurs années. Le fait de retenir ainsi des graines arrivées à maturité s'appelle la sérotinie (ou sérotinisme). Les cônes sont dits sérotineux. Lorsqu'un incendie survient, la chaleur des flammes fait fondre la résine. Après incendie, les cônes vont donc s'ouvrir et disperser leurs graines. C'est ainsi que les pins canariens sont les premiers à régénérer la forêt après un incendie. On dit que ce sont des pyrophytes (étymologiquement : "plantes adaptées au feu").

 

Promenade au milieu des pins des Canaries

 

Outre la flore, cette promenade a enfin été l'occasion d'observer un beau faucon de Barbarie.

 

Faucon de Barbarie

 

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J8 - Pico del Teide

 

Le huitième jour, je suis parti pour LA randonnée incontournable de l'île : l'ascension du Pico del Teide. Celui-ci, avec ses 3 718 m d'altitude, est non seulement le point culminant de Tenerife mais aussi, plus généralement, de toute l'Espagne ! Au niveau des statistiques, il est également le troisième plus haut volcan au monde après deux autres situés à Hawaï. Cela s'entend en le regardant depuis sa base au fond de l'océan Atlantique jusqu'à son sommet émergé. Pour le gravir, vous trouverez le point de départ de cette randonnée le long de la route TF-21, qui traverse le parc national du Nord au Sud, 8 km après El Portillo et 2,5 km avant le téléphérique. Présence d'un petit parking (parking de la Montaña Blanca, alt. 2 350 m) et d'un panneau d'informations (voir photo ci-dessous). Le sentier à suivre est le n°7 sur le plan du parc national (itinéraire n°78 dans le guide Rother). Attention : difficulté élevée (1 400 m D+ | 18,7 km | 7 h 00). Possibilité de la faire à la journée pour les sportifs de niveau confirmé ET munis d'un pass. Si ces deux conditions ne sont pas remplies, nécessité de couper en deux avec une nuit au refuge (ce qui a été mon cas).

 

Arrivée au parking de la Montaña Blanca

 

Votre marche débute vers le Nord et ne présente d'abord aucune difficulté. On progresse en pente douce sur un chemin bien marqué et fléché dans un environnement minéral très clair constitué principalement de pierre ponce. Très vite, on découvre de magnifiques vues sur La Fortaleza qui correspond à la partie la plus septentrionale du bord de la caldeira qui forme une falaise tout autour du parc national.

 

La Fortaleza dans le parc national du Teide, Tenerife (Canaries)

La Fortaleza

 

Bientôt, le chemin se met à décrire de grands lacets qui semblent slalomer entre d'énormes boules de roche volcanique noire appelées Huevos del Teide (les "œufs" du Teide). Leur origine n'est pas certaine mais l'hypothèse la plus probable est qu'il s'agirait de rochers ayant dévalé les pentes du volcan sur une coulée de lave encore fraîche et qui aurait ainsi aggloméré de la lave autour d'eux grossissant au fur et à mesure (à la manière de boules de neige).

 

Huevos del Teide dans le parc national du Teide, Tenerife (Canaries)

 

Huevos del Teide

 

 

Après avoir dépassé les œufs du Teide et abandonné sur la gauche un chemin qui rejoint le sommet de la Montaña Blanca (petit détour possible), on entre dans le dur : le chemin décrit à présent des lacets serrés, taillés au milieu des coulées de laves noires, avec une pente beaucoup plus raide. La randonnée est à partir de là très engageante et nécessite une bonne condition physique (d'autant plus à cette altitude où le souffle est court). Je dois dire que lorsque j'ai vu apparaître le refuge (Refugio Altavista, alt. 3 260 m), point d'arrivée de ma première journée, j'ai ressenti une joie intense ! Pour toutes les informations pratiques concernant le fonctionnement du refuge, vous les trouverez ici.

 

Refugio Altavista dans le parc national du Teide, Tenerife (Canaries)

Refugio Altavista

 

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J9 - Accès au cratère

 

Le lendemain, je me suis levé tôt... TRÈS tôt même (vers 5 h) ! C'est le choix que font la plupart des randonneurs, et ceci, pour deux raisons au moins. La première est que l'accès au cratère du Teide est strictement contingentée. Pour s'y rendre, il faut être en possession d'un pass (à demander plusieurs semaines à plusieurs mois à l'avance). Cette mesure, très compréhensible, a été mise en place pour protéger ce site naturel d'exception du tourisme de masse. Néanmoins, l'accès restant libre jusqu'à 9 h du matin, il est possible de s'y rendre SANS pass pour les clients du refuge finissant l'ascension à l'aube. Le deuxième intérêt sera alors de profiter du lever du Soleil au sommet ! C'est ainsi que je me suis lancé, dans la nuit noire et à peine éclairé par ma lampe frontale et guidé par les loupiottes des autres randonneurs, à l'assaut du cratère.

 

Wapta Falls dans le Yoho National Park (Colombie-Britannique - Canada)

Marche dans la nuit jusqu'au sommet

 

N'attendez pas que je vous décrive cette partie de la randonnée puisque, en pleine nuit, je n'ai évidemment rien vu. La clarté du jour a commencé à poindre lorsque je suis arrivé, au bout du sentier n°7, à la gare d'arrivée du téléphérique. C'est là qu'il faut être avant 9 h OU en possession d'un pass pour avoir le droit de franchir le portique qui lance sur le sentier n°10 (que ne prendront pas la majorité des visiteurs). Celui-ci, même s'il est en partie pavé, exige un dernier effort assez soutenu puisque la pente y est raide et comporte de nombreuses marches. En approchant du sommet, on commence à sentir une odeur d’œuf pourri correspondant aux émanations gazeuses riches en soufre du volcan (ce que les géologues appellent des fumerolles). Dans les bouches qui laissent ces gaz s'échapper, on peut d'ailleurs voir de beaux cristaux de soufre se former.

 

Cristaux de soufre formés par les fumerolles

 

Puis vient le tour du spectacle étourdissant de l'ombre triangulaire du Teide se projetant sur des centaines de kilomètres et cette sensation grisante de se trouver au point le plus haut de l'île !

 

Sommet du Teide

 

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J10 - Masca

 

Dernier jour, dernière escapade... et quelle escapade ! J'ai en effet conclu ce voyage en me rendant à Masca, dans l'Ouest de l'île. Depuis Puerto de la Cruz, comptez environ 1 h de route pour vous y rendre via la TF-5 jusqu'à Garachico puis la TF-82 jusqu'à Santiago del Teide et enfin la TF-436 pour atteindre votre destination. En parlant de la route, précisons ici qu'elle fait partie intégrante de votre excursion puisque son tracé spectaculaire vous donnera par moments l'impression de gravir la Cordillère des Andes tant elle est escarpée. Ce qui plaira aux uns pourra aussi faire peur à d'autres (et je conseille effectivement aux conducteurs peu expérimentés d'y réfléchir à deux fois avant de se rendre à Masca) : les épingles à 180° sont nombreuses, souvent au bord du vide, la route pas plus large qu'une voiture... En cas de croisements, vous pourriez avoir des sueurs froides !

 

Masca, Tenerife (Canaries)

Aperçu de la route menant à Masca

 

En arrivant, on découvre un minuscule village accroché au sommet d'un piton rocheux et entouré de précipices (les barrancos). La randonnée la plus célèbre du secteur est le fameux Barranco de Masca qui descend du village jusqu'à la mer. S'il fait partie de votre to do list, soyez prévenus qu'il s'agit d'un chemin dangereux sur lequel les éboulements et les accidents ne sont pas rares. A tout moment, il est donc possible de le trouver fermé par les autorités.

 

Masca, Tenerife (Canaries)

Masca

 

Quoi qu'il en soit, la visite du village se suffit à elle même. Il y règne une ambiance très détendue notamment autour de sa minuscule placette agrémentée de quelques boutiques et restaurants (ni trop, ni trop peu). On est ensuite appelé dans un méandre de petits chemins escarpés dans lequel il est très agréable de se perdre. Dans celui-ci, mon coup de cœur a été pour la Casa Riquelme, un petit bar de bout du monde. On y entre par un rideau de cordes derrière lequel se cache une terrasse improbable accrochée à la falaise avec vue sur les ravins. De vieilles godasses y servent de pots de fleurs tandis que de modestes enceintes diffusent un rock psyché très évocateur. Le gérant des lieux, qui vit depuis toujours dans la maison troglodyte attenante, vous servira une boisson fraîche. Et les chats de multiplier le nombre d'habitants par deux.

 

Casa Riquelme

 

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