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Ma randonnée aux Oulettes de Gaube

Texte et photographies : François

Matériel photo : Canon EOS 750D + objectif EF-S 17-55 mm F/2.8

 

 

La semaine dernière, je me suis rendu dans les Pyrénées. J'y ai mes habitudes puisque mon père y possède un appartement. J'ai profité de ce séjour pour faire pas mal de randonnées notamment au-dessus de Cauterets dont j'ai exploré les quatre principaux secteurs : cirque du Lys, vallée du Marcadau, vallée de Gaube et vallée du Lutour.

Ici, je vous présente une randonnée que j'ai faite sur deux jours avec montée par la vallée de Gaube jusqu'au refuge des Oulettes de Gaube en jour 1, nuit au refuge, puis franchissement du col d'Araillé et descente par la vallée du Lutour en jour 2. J'espère que vous pourrez vous en inspirer et la reproduire (dans son intégralité ou en en piochant des morceaux à votre guise). Bonne lecture et bonne marche !  

 

A chaque randonnée son point de départ. Ici, je suis parti de la ville de Cauterets et suis monté en voiture jusqu'au parking de la Raillère (1048m). Il est très pratique de s'y garer. On y trouve quelques boutiques de souvenirs et points de restauration. J'y ai laissé ma voiture pendant les deux jours qui ont suivi. Derrière le restaurant "La Cascade", cherchez les panneaux qui indiquent le début du GR 10 par le sentier des cascades. C'est par là que l'on démarre. 

 

 

C'est un sentier que j'aime beaucoup et qui peut être fait seul pour les randonneurs peu expérimentés ou si le temps vous est compté. Il offre une balade dans les bois ; on y est donc le plus souvent à l'ombre et au frais. Le sentier est bien tracé et parfaitement balisé. Impossible de se tromper de chemin. Le sol est le plus souvent meuble et confortable. On commence donc assez facilement. Au niveau de la végétation, nombreux feuillus (hêtres...) et conifères (sapins...). L'humidité est favorable au développement de tapis de fougères.

 

 

Le sentier remonte de bout en bout le gave de Jéret. A noter que dans la région, tous les cours d'eau, petits ou grands, sont appelés des "gaves". Celui-ci descend de la montagne dans un flot tumultueux et il est fort agréable de sortir du sentier de temps à autres pour profiter de ses berges. Attention : lorsque le granite poli par l'érosion est mouillé, il devient très glissant.

 

 

Bien sûr, au fil du chemin, vous allez passer par différentes cascades. La première qui retiendra sans doute votre attention est celle du Ceriset (on trouve aussi l'orthographe Cerisey) à une altitude de 1232m. Elle semble tomber d'une faille taillée dans la forêt.

 

 

Un peu plus haut, on atteint le pont du pas de l'ours et la cascade du même nom. Le pont enjambe le gave et permet d'en avoir de jolies vues.

 

 

Toujours un peu plus haut, la cascade de Boussès agit comme un brumisateur géant en répandant ses embruns.

 

 

Les flots se calment un petit peu lorsque l'on approche du parking du pont d'Espagne (oui parce qu'une route fait la même montée de l'autre coté du gave mais on est là pour marcher !). La forêt se faisant moins dense, on voit apparaître de plus en plus les sommets pyrénéens. Même si je n'y suis encore jamais allé, j'ai toujours imaginé que ce coin devait ressembler aux Rocheuses Canadiennes : de hautes montagnes couvertes de forêts descendues par de puissants torrents. C'est mon petit Canada ! 

 

 

Encore quelques efforts et l'on arrive au pont d'Espagne et à sa cascade (1496m), premier point d'étape de cette randonnée. Il s'agit d'un petit pont de pierre construit en 1886 en lieu et place d'un pont de bois. Il constitue un véritable carrefour entre les vallées puisqu'il marque la fin du val de Jéret et le début de la vallée de Gaube et de celle du Marcadau qui s'ouvrent comme les deux branches d'un Y. Ce carrefour a de tous temps constitué un important point de passage et d'échanges. Vous y trouverez un endroit pour manger (l’Hôtellerie du pont d'Espagne avec sa superbe vue sur la cascade). Personnellement, c'est là que j'ai pris un agréable repas de midi. A ce stade, vous marchez depuis 1h30 et avez fait 500m de dénivelé vertical.

 

Le pont d'Espagne, sa cascade et son hôtellerie

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Pour attaquer la deuxième partie de la randonnée, vous devrez traverser le pont d'Espagne depuis l'Hôtellerie et descendre le long du chemin goudronné sur une centaine de mètres. Cherchez sur votre droite les panneaux directionnels indiquant la reprise du GR 10 à destination du lac de Gaube. Vous y êtes ? C'est reparti...

 

 

Dès les premiers pas, vous allez constater que le chemin change ici de nature : fini le sol meuble des sous-bois des cascades, le chemin est désormais caillouteux (avec toutefois un très bon aménagement en escaliers). Les arbres se font également plus rares et ne sont maintenant plus représentés que par des conifères (dont des pins) : l'étagement classique de la végétation en montagne. Enfin, vous serez sûrement surpris par la forme de certaines roches (arrondies et portant des lignes) sur lesquelles il est très agréable de grimper. Pour les comprendre, il faut remonter plus de 10 000 ans en arrière quand la vallée de Gaube était couverte de glace (= période glaciaire). C'est le lent déplacement d'une langue glaciaire qui a sculpté la vallée (en auge ou "en U") et qui a laissé sous elle des roches patinées par l'érosion. Ces roches pouvant évoquer le dos des moutons dans un troupeau, on les appelle des roches moutonnées. Quid de leurs stries ? Et bien elles se forment lorsqu'un glacier, traînant sous lui un caillou, raye la roche sous-jacente.

 

 

Après 1h de marche environ (ce qui porte votre total à 2h30), vous voici au lac de Gaube (1800m), deuxième point d'étape de cette randonnée. Il s'agit d'un très beau lac dont les eaux sont turquoises par beau temps. Pour en comprendre l'origine, il faut à nouveau faire un peu de géomorpholgie. Lors de l'écoulement d'une langue glaciaire dans une vallée (à l'état solide), il arrive qu'elle use davantage la roche à certains endroits qu'à d'autres. Cela forme, à grande échelle, des zones en creux (= ombilics) et d'autres en bosses (= verrous). Lors du retrait du glacier, les ombilics constituent des zones favorables à l'accumulation de l'eau et donc à la formation de lacs. C'est ainsi que le lac de Gaube est né. Sur le plan pratique, vous trouverez sur votre gauche en arrivant l'Hôtellerie du lac de Gaube et aurez la possibilité, sur votre droite, de contourner le lac en passant un talus d'éboulis. Sachez enfin qu'il est également possible de monter au lac de Gaube depuis le pont d'Espagne par un télésiège. C'est sans doute ce qui explique sa fréquentation assez importante.

 

Le lac de Gaube et son eau émeraude

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Pour la troisième et dernière partie de cette journée, le but va être d'atteindre les glaciers situés au-dessus du lac de Gaube, sur la face Nord du Vignemale, et qui alimentent le lac par le gave du même nom. Cela démarre doucement dans une prairie tondue rase par les troupeaux en liberté. Le gave serpente gentiment au milieu des galets et on ne demande qu'à s'allonger dans la pelouse. Profitez-en pour observer les fleurs : vous pourrez peut-être voir le safran sauvage (Crocus sativus) et, sur le bord du sentier, de nombreuses myrtilles. Bon, vous êtes grands, vous faites ce que vous voulez mais dans l'enceinte d'un parc national, théoriquement, on ne laisse rien et on ne prélève rien...

 

 

Rapidement, le chemin franchit le gave par un petit pont sur votre gauche. Présence encore d'une jolie cascade.

 

 

Et puis n'oubliez pas de régulièrement vous retourner car c'est de ce coté du lac que l'on en a les plus belles vues et que la lumière est aussi la plus belle.

 

 

La dernière partie du chemin ne présente pas de grande difficulté (si ce n'est la fatigue accumulée depuis le début de la journée). Elle alterne les ombilics couverts de paisibles pâturages et les verrous plus caillouteux et accidentés. Au fur et à mesure que l'on progresse, on laisse le lac derrière nous avec maintenant les yeux rivés sur les sommets. Si vous avez pris votre temps comme moi, il est possible que vous soyez en fin d'après-midi. Attention au temps qui change vite en montagne. Si des nuages se forment, c'est le moment de sortir une petite polaire ou une veste de votre sac.

 

 

La fin de journée étant souvent plus fraîche (et les randonneurs moins nombreux), vous aurez peut-être la chance de voir quelques animaux sauvages. De ce point de vue, j'ai été gâté lors de ma dernière visite. Peu avant d'arriver au sommet, j'entends des sifflements ressemblant à ceux des marmottes et d'en apercevoir une première juste au bord du chemin, debout sur ses pattes arrières, en train de siffler. Je m'attarde donc un peu dans le chaos de roches où elles aiment jouer à cache cache et en vois une seconde puis une troisième... Une belle récompense en fin de journée que ces petites boules de poils ! 

 

 

En franchissant un dernier étranglement rocheux, on entre enfin dans le cirque glaciaire qui occupe la face Nord du Vignemale. Face à ce cirque, le refuge des Oulettes de Gaube (2151m) qui sera notre troisième point d'étape pour cette journée. A ce stade, vous avez ajouté environ 1h30 de marche depuis le lac de Gaube et vous avez donc tout à fait le temps de redescendre sur vos pas. Mais l'option de dormir en altitude est tout aussi intéressante. Personnellement, c'était ma première fois au refuge des Oulettes et j'ai beaucoup aimé. C'est quand même quelque chose de s'endormir en haut de la montagne et de se réveiller face à un cirque glaciaire. Si vous souhaitez également dormir à ce refuge, je vous donne toutes les informations pratiques en bas de l'article. Votre dénivelé pour cette première journée s'élève au total à 1100m, vous avez marché, au bas mot, 4h. Vous avez bien mérité un gros dodo (note pour la prochaine fois : penser aux boules Quies !).

 

Le cirque des Oulettes de Gaube et son refuge

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A mon réveil, et après un bon petit déjeuner, j'ai dû décider de la suite de mon itinéraire. N'ayant pas envie de revenir en arrière, j'ai choisi de franchir le col d'Araillé pour redescendre par la vallée du Lutour. Si vous souhaitez comme moi faire cette boucle, en sortant du refuge, c'est sur votre gauche.

 

 

Bon... On ne va pas se mentir : au début, ça grimpe (puisqu'il s'agit de se hisser sur le flan gauche du cirque). Sur ce passage, j'ai plus penser à ma respiration et à bien regarder où je posais les pieds plutôt qu'à prendre des photos :) Au croisement pour l'Hourquette d'Ossou, je me suis séparé de randonneurs rencontrés au refuge et ai poursuivi seul mon chemin. Le chemin passe à coté des lacs d'Araillé (deux petits lacs sur votre droite) et jouxte les névés. Là, on se sent haut ! Le sentier est constitué de blocs granitiques grossiers et il n'y a plus vraiment de piste, juste quelques balisages peints sur les roches. Observez-les bien pour ne pas vous écarter. La ligne de crète (col d'Araillé) se trouve à 2583m d'altitude et il faut environ 1h30 pour l'atteindre.

Dès celle-ci franchie, c'est toute la vallée du Lutour qui s'ouvre devant vous. A partir de là, vous n'aurez plus que de la descente. Mais celle-ci débute par ce qui m'a semblé la plus grosse difficulté de la rando : un long talus d'éboulis dans lequel on glisse, on perd l'équilibre, on a peur de se tordre une cheville ou un genou. Franchement, c'est LE passage où je n'ai pris aucun plaisir.

 

 

Heureusement, la rencontre avec une marmotte, confortablement allongée sur son rocher, m'a donné envie d'en faire de même. Je me suis donc trouvé une grosse pierre bien plate, au pied des névés, pour faire ma pause pique nique. Et c'était vraiment chouette ! A ce stade, vous marchez depuis 2h et avait fait 400m de dénivelé positif puis 400m de dénivelé négatif (= franchissement du col).

 

Au pied du col d'Araillé avec les névés et les marmottes

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Pour la suite de la descente, on met le cap sur le lac d'Estom. Cela commence toujours au milieu des blocs de roches, grossiers ou plus fins, et on n'est vraiment soulagé que lorsque l'on retrouve enfin un vrai chemin. A partir de là, tout redevient facile. Le sentier emprunte un balcon qui domine le gave d'Estom en contrebas. Celui-ci est alimenté par la fonte des névés et se déverse dans le lac. On le suit sur sa rive gauche. C'est aussi le retour de la végétation qui consiste ici en de verts pâturages. Cette portion de la balade est tout à fait comparable à celle qui sépare le lac de Gaube de ses glaciers à la seule différence que l'on est ici dans la vallée voisine. Au bout de 2h environ (soit 4h au total), vous serez émerveillés de voir apparaître les magnifiques couleurs du lac d'Estom (1804m). Celui-ci partage de nombreux points communs avec le lac de Gaube, dont une altitude quasi identique, mais il est aussi beaucoup moins fréquenté (ce qui peut le rendre plus agréable). J'ai d'ailleurs jeté un œil à son refuge qui m'a paru très familial et m'a donné envie d'y revenir à l'occasion.

 

Le lac d'Estom

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La fin de la randonnée est presque une formalité : comptez 2h environ pour redescendre du lac d'Estom à la Fruitière (1374m) puis 1h de la Fruitière à la Raillère (1048m). La boucle est bouclée ! 

 


Infos pratiques

Temps de marche jour 1 : 4h

Temps de marche jour 2 : 7h

Je me suis basé ici sur les temps inscrits sur les panneaux d'orientation sur le terrain (dont certains sont en photos dans le texte). Ces temps peuvent varier en fonction de la météo, de la condition physique de chacun, de la fréquence des pauses...

Dénivelé jour 1 : +1100m

Dénivelé jour 2 : +400m / -1500

Un signe + indique un dénivelé positif (montée).

Un signe - indique un dénivelé négatif (descente).

Entre mes deux jours de marche, j'ai dormi au refuge des Oulettes de Gaube dont vous trouverez toutes les informations pratiques ici.

C'est un gros refuge (plus de 70 personnes lorsqu'il est complet et un terrain de bivouac à ses pieds) donc il faut aimer la promiscuité. En revanche, l'organisation ainsi que la qualité des couchages et des repas sont irréprochables. Une belle expérience en haute montagne !


Nuit au refuge : 23 Euros

Demi-pension : 29 Euros

(incluant le repas du soir et le petit déjeuner)

Panier pique nique : 10 Euros

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62 Euros pour une randonnée de deux jours en haute montagne



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